Récit d’une héroïne du service public pendant le confinement

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Au début de son mandat, Emmanuel Macron a célébré les « premiers de cordée », ces très riches censés tirer le pays vers le haut si on les caresse dans le sens poil. Mais lorsque le pays a été confiné, une toute autre réalité s’est dessinée. Même les puissants, les médias, les macronistes ont dû reconnaitre que ceux qui faisaient tourner le pays étaient précisément les femmes et les hommes que d’habitude ils méprisent, regardent de haut ou ignorent : soignants, éboueurs, caissières, enseignants, fonctionnaires, etc. Mais les remerciements de la haute société furent de courte durée. Sitôt la vie normale retrouvée, on n’entendit ni parlé d’augmentation de salaire, ni de quelque reconnaissance que ce soit. C’est pourquoi Ouste a décidé, plusieurs mois après cette grande épreuve collective traversée par les français, de publier des témoignages de ces héros ordinaires qui ont tenu la patrie à bout de bras pendant ces deux mois. Aujourd’hui, l’historie de Louise, agent territoriale dans une communauté de communes. Le prénom a été changé pour des raisons évidente d’anonymat.

Ouste : Quel est votre poste et votre mission à l’origine ?


Louise : Je suis fonctionnaire territoriale. Je suis directrice financière et ressources humaines dans un EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) qui emploie 65 salariés. 


Ouste : Comment s’est organisé le début du confinement dans votre communauté de communes ?


Louise :  Cela s’est passé en deux temps. La hiérarchie nous a d’abord ordonné de rentrer chez nous, sans organisation mais avec le télétravail à gérer, donc, tout le monde est parti avec ses dossiers, moi j’ai décidé de rester, je suis cadre, donc, je me devais d’organiser les choses, gérer les agents, d’autant que la direction a pris peur et a donc fait partir tout le monde, je n’ai donc pas respecté la consigne en restant à mon poste. Je devais gérer les payes et je voulais organiser mon service avec des consignes claires pour tout le monde. Je tenais à ce que les agents partent dans de bonnes conditions. Il y avait de gros problèmes informatiques pour le télétravail, j’ai donc sollicité l’informaticien pour qu’il trouve une solution pour que les agents puissent se connecter. Heureusement, le problème a été résolu en une journée. Suite à ce début, j’ai donné des consignes par mail à chacun tous les jours pour ordonner les missions par ordre de priorité. Il n’y a pas de téléphones professionnels chez nous, nous avons donc été contraints d’utiliser nos téléphones personnels. 

« J’ai assuré le lien entre les administrés et le service public »


Ouste : Une fois le début chaotique passé, à quoi ressemblait vos journées ?


Louise : J’assurais le quotidien tous les jours : service de l’eau, réception des colis et des personnes. Les administrés se sont retrouvés seuls, la mairie étant fermée, j’ai donc assuré le lien entre eux et le service public quand ils avaient des questions, auxquelles je faisais de mon mieux pour répondre.


Ouste : Vous étiez donc seule dans les bureaux ?


Louise :  Une secrétaire est restée avec moi, ce qui me faisait un peu peur pour elle parce qu’elle était personne à risque. Il y avait beaucoup de problèmes informatiques à résoudre tous les jours. Pour les enfants des agents, nous faisions souvent des photocopies des cours pour l’école à distance. Il a également fallu que je donne des consignes pour la piscine municipale. Nous avons géré les choses à deux avec la secrétaire tout le temps du confinement, tous les jours, sans repos. Le président de la communauté de commune passait régulièrement ainsi qu’un maire. Deux agents venaient régulièrement, surtout pour garder le contact humain. L’agent de la piscine municipale venait également tous les jours prendre le café et nous préparions ensemble ses cours d’aquagym. Nous tenions à assurer la continuité du Service Public. Il y a eu un gros travail à faire pour rassurer nos agents, la population et les livreurs qui travaillaient tout ce temps. 

« Nous n’avions aucune hiérarchie, aucun matériel, pas de masques »


Ouste : Et le reste de votre hiérarchie ?


Louise : Nous n’avions aucune hiérarchie directe. Ni aucun matériel non plus d’ailleurs. Pas de masque en tous cas, mais nous avions du gel. Nous avons élaboré notre propre protocole sanitaire de nettoyage. Nous devions faire le ménage seules, tous les jours. Nous avons pris l’habitude de nous laver très souvent les mains pour éviter d’endommager le matériel informatique. La Poste n’ouvrait que 3 jours par semaine, nous devions aller chercher le courrier. Nous avons également eu à gérer la machine à affranchir du service de l’eau. En résumé, nous travaillions de 7h à 18-19h tous les jours. Le traitement des déchets a aussi été problématique. Ils n’assuraient qu’une seule tournée par semaine. Au début, ils avaient même pris la décision de fermer, puis ils ont ré-ouvert. Une école était ouverte aussi pour accueillir les enfants des soignants. Les enseignants y exerçaient sur la base du volontariat.


Ouste : Comment a été géré le déconfinement ?


Louise : La direction est revenue sans précaution. Ils ont fait revenir les agents deux jours par semaine. La direction n’a jamais voulu voir que le Service Public avait fonctionné sans eux tout ce temps. Et puis les procédures se sont mises en place : les masques sont arrivés, le CHSCT a permis aux agents de prendre leurs responsabilités, je ne voulais pas que les choses leurs soient imposées. Comme les couloirs sont étroits, les agents ont joué le jeu et ont porté le masque. On a également mis en place une campagne d’affichage. 

« Nous n’avons eu aucune compensation financière »


Ouste : Comment les agents ont-ils vécu le déconfinement ?


Louise :  Les agents avaient une certaine appréhension, ce qui semble normal. Pour le retour au siège, j’ai donc laissé la possibilité aux agents de rester chez eux en télétravail, dans un premier, s’ils avaient trop peur. La plupart d’entre eux ont choisi de faire trois jours de télétravail et deux jours en présentiel et c’est toujours le cas actuellement. Le président a enfin signé une note de service pour le télétravail le 11 juillet ! Du côté du CHSCT, il faudra trouver des solutions pour la suite. 


Ouste : La direction est donc revenue, faisant fi de tout ce qui avait été géré en son absence, mais avez-vous eu une reconnaissance de votre travail ?


Louise : Nous n’avons eu aucune compensation financière, et d’ailleurs, rien n’a été proposé. Pour le président, le travail a été fait en télétravail, donc, aucune compensation n’est prévue. Des compensations ont en revanche été versées aux soignants par le département et l’ARS. J’aurais apprécié que la secrétaire qui est venue travailler dans les locaux tout ce temps avec moi ait quelque chose, surtout du fait de sa pathologie. 

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