HÔPITAL – « On attend des actes, on n’a plus confiance dans leurs paroles » – Franck Blanc (CGT, hôpital de Châteauroux)

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Pendant le confinement, ils et elles ont répondu présents malgré les pénuries, malgré le manque de lits, malgré le mépris que le pouvoir leur avait témoigné jusque là. Désormais, les personnels soignants demandent justice. Ils demandent des salaires dignes, et la reconstruction d’un service public de la santé digne de ce nom. Franck Blanc est brancardier au Centre hospitalier de Châteauroux et représentant syndical CGT. Après la mobilisation du 16 juin, nous l’avons rencontré pour prendre des nouvelles du centre hospitalier de Châteauroux et de ses soignants. Il ne mâche pas ses mots et exprime la rage de celles et ceux que l’on a qualifié pendant des semaines de « héros » et que le gouvernement voudrait maintenant oublier. 

Ouste : Comment avez-vous vécu l’épidémie à l’hôpital de Châteauroux ? Pensez-vous que le système de santé publique dans l’Indre était préparé à un tel choc ?  

Franck Blanc : Le système de santé dans l’Indre est au même niveau que beaucoup de départements en France, c’est-à-dire désastreux. Aucune anticipation face à l’arrivée de la Covid 19. Notre région vit une situation similaire aux autres régions : manque de lits, de personnels, de matériel en tout genre. Aucune directive précise des ARS dans les départements, si ce n’est la consigne générale de cacher les informations et rationnaliser l’utilisation des dispositifs médicaux.

Ouste : Comment vont les personnels hospitaliers du CH de Châteauroux aujourd’hui ? De la fatigue ? De la colère ?  

Franck Blanc : Nous éprouvons un épuisement physique et mental, de la démotivation et dégoût.  La France est la 6ème puissance économique mondiale et pourtant la pénurie de blouses succède à la pénurie de masques. On nous a méprisé, enlevé tous nos moyens, gelé nos salaires et maintenant. On nous voit comme des héros ? Héros de rien du tout, on a juste pas le choix. La seule guerre qu’on a envie de faire, c’est celle contre les décideurs et les bureaucrates. Le confinement a été décidé que parce que l’hôpital n’a pas les moyens de faire face…

« Le confinement a été décidé que parce que l’hôpital n’a pas les moyens de faire face »

Ouste : Quelles sont les revendications principales des hospitaliers pour leurs salaires et leurs conditions de travail ?  

Franck Blanc : Augmentation des salaires (300€ nets) pour tous les agents, la prime de 1500€ pour tous les soignants. Pour améliorer les conditions de travail nous demandons des créations de postes et arrêt des suppressions de services. L’exemple le plus triste est celui des lits de réanimation qu’il nous a manqué face à la crise. Il faut une augmentation du budget de la sécurité sociale (ONDAM) pour faire vivre les hôpitaux.

Ouste : Que faut-il changer à l’hôpital public pour améliorer notre santé collective et notre capacité à répondre à des chocs comme cette pandémie ?  

Franck Blanc : Après des décennies de purges austéritaires démantelant le secteur de la santé, l’expérience de la pandémie que nous vivons, qui sera suivi d’autres, nous démontre qu’il est urgent et indispensable d’exiger un véritable plan national d’investissement pour répondre aux besoins de santé de la population. Nous avons besoin de passer au 100% Sécu financé par les cotisations sociales et des caisses gérées par et pour les assurés. Un plan national d’embauche massive dans la fonction publique hospitalière pour remettre au niveau de ses missions, conjugué à la mise en place d’un dispositif national de formation continue aux métiers relevant du sanitaire et du social est urgent.

« La pénurie est toujours présente »

Ouste : M. Macron a déclaré qu’il n’y avait pas eu de pénurie de masques en France. Que pensez-vous de cette déclaration ? Sur le terrain, vous avez constaté des pénuries de masques, de matériel de protection, de médicaments ?  

Franck Blanc : D’abord, la pénurie est toujours présente et bien évidemment nous avons constaté une pénurie de masques et surblouses surtout. Le problème des masques et du matériel dans sa globalité est général : masques donnés au compte-gouttes et mis sous clefs par les directions, stock géré par les ARS via les GHT en toute opacité. Les hôpitaux font des appels aux dons partout (masques, charlottes, sur-chaussures, écouvillons pour les dépistages…) Cette crise qui a mis en lumière la santé de l’hôpital public après 30 ans de régression sociale. Si tous les agents en France et à Châteauroux avaient été équipés de masques et protections dès le début de la pandémie, sûrement que nous aurions eu moins d’agents contaminés.

Ouste : Quel est votre état d’esprit après avoir écouté les grandes lignes du « ségur de la santé » annoncées par le Premier ministre le 25 mai ?  

Franck Blanc :  Le Ségur de la santé fait du surplace pour l’instant. Nous n’avons toujours pas de propositions chiffrées du gouvernement, tant sur les augmentations de salaires que sur les  créations de postes. Nous ne pouvons pas parler de négociations, mais simplement de discussions de salon. C’est la raison pour laquelle les hospitaliers se mobilisent pour le 16 juin pour exprimer leur colère. Saine colère, car, même si les « héros » sont fatigués, la confiance dans leur force s’est affirmée, ils sont mobilisés et veulent être entendus. Pour qu’une négociation aboutisse, il faut toujours que ceux qui portent les revendications puissent s’appuyer sur une mobilisation de ceux qu’ils représentent. On attend des actes, on n’a plus confiance dans leurs paroles.

Ouste : Quel votre avis sur la proposition de créer un pôle public du médicament ? Cela vous parait une bonne idée ? Cela faciliterait le travail de l’hôpital public ?  

Franck Blanc : Il y a une nécessité urgente à relocaliser nos fabrications de médicaments en France (en effet, suite à la crise du COVID, nous avons constaté des pénuries de médicaments à cause des délocalisations des usines de production en Asie). Il faut créer un grand service public de la recherche et de la production pharmaceutique avec un contrôle citoyen sur l’industrie du médicament.

« Le ségur de la santé fait du surplace »

Ouste : Avez-vous prévu à Châteauroux et dans l’Indre des actions de mobilisation dans le milieu hospitalier ? Comment les soutenir ?  

Franck Blanc : Il y a eu la grosse manif du 16 juin. Nous avons repris la grève aux urgences début juin. Nous avons pris connaissance de 2 journées d’action le 30 juin et le 14 juillet au niveau national et nous nous y associerons bien évidemment.

Ouste : Quel bilan après la mobilisation de du 16 juin ?

Franck Blanc : Ce fut une très grosse mobilisation le 16 juin, avec de gros pourcentages de grévistes pour le moment. Sûrement la plus grosse manifestation de la santé à l’hôpital depuis 1995.

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