Opinion – Le déconfinement scolaire creuse les inégalités

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La reprise de l’école serait une mesure de justice sociale. C’est l’argument massue répété par le gouvernement pour justifier sa décision de déconfiner les écoles depuis le 11 mai. C’est en disant que « la situation actuelle creuse les inégalités » lors de son allocution du 13 avril que Macron a commencé cette litanie. Blanquer, le 14 avril, a repris cet argument lors de son interview sur France 2 pour exposer sa « reprise progressive », et Philippe, le 28 avril, a remis en avant, tout en exposant un nouveau calendrier de reprise, l’ « impératif pédagogique et la justice sociale »,  promettant également la dotation en masques pour les personnels et les élèves pour la reprise.

Les discours officiels s’indignaient des inégalités dues à la fracture numérique, du décrochage scolaire dû à des situations familiales et sociales parfois compliquées, du problème des repas dans les familles les plus défavorisées. Si ces inégalités sont  bien réelles et si la mission de l’école de la République devrait bien être de les réduire, il n’en reste pas moins que la reprise (im-) préparée par l’Etat n’a fait qu’aggraver les injustices sociales.

Derrière les beaux discours, la gestion inégalitaire du déconfinement scolaire 

Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre avait annoncé sa volonté de « laisser aux autorités locales le soin de s’adapter ». L’école à carte, en quelque sorte ! Il avait alors promis un soutien financier de l’Etat à hauteur de 50% des besoins des collectivités pour assurer la sécurité sanitaire des citoyens, mais celui-ci était en fait trop contraint tant dans son calendrier que dans les conditions à remplir pour pouvoir en bénéficier. Concrètement, le gouvernement a laissé des collectivités qui ne disposent pas toutes des mêmes moyens se débrouiller. Il s’agit donc d’une gestion très inégalitaire du déconfinement scolaire.

D’autre part, la désinfection régulière des locaux aurait nécessité des recrutements massifs de techniciens de surface. Il n’en a rien été. Dans notre département,  une cinquantaine des commune n’ont pas pu rouvrir leur école (voir l’exemple du Pont-Chrétien-Chabenet dans notre interview de Guillaume Chaussemy), ne pouvant pas respecter le protocole sanitaire. On repassera pour l’égalité.

L’hypocrisie du gouvernement contre les milieux populaires 

Le prétendu « volontariat » pour remettre ses enfants à l’école mis en avant par le gouvernement est hypocrite. Il misait en fait sur un retour en classe des enfants des milieux populaires pour que les parents puissent retourner au boulot. Quel volontariat peut-il avoir alors que ce gouvernement s’apprête à réduire puis mettre fin aux dispositifs d’aide au chômage partiel ? Si cela ne suffisait pas, le ministre de l’éducation a aussi utilisé la culpabilisation des familles avec son désormais célèbre « il y a plus de risques à rester chez soi que d’aller à l’école ».

C’est d’autant plus hypocrite que le résultat n’est même pas celui escompté. Contrairement à ce que l’on pouvait penser dans un premier temps, on constate que ce ne sont pas les milieux populaires qui ont le plus remis leurs enfants à l’école. Pourquoi ? D’abord par méfiance vis-à-vis d’un « pouvoir-girouette » qui n’a manifestement pas planifié ce retour en classe et qui s’est montré incapable, depuis plus de deux mois, de protéger sa population (y compris parmi ceux qui luttaient au quotidien contre la mort).

Ensuite, les milieux les plus défavorisés sont plus souvent en rupture avec l’école déjà en temps ordinaire. Souvent également, les familles les plus précaires sont également les plus nombreuses, et l’organisation interne de garder les plus petits d’une fratrie se fait par leurs ainés déjà en temps ordinaire. Enfin, ce sont dans les milieux les plus défavorisés que le chômage sévit le plus, il n’est donc pas rare qu’un des deux parents (quand ce n’est pas les deux…) soit disponible pour garder les enfants à la maison.

Le retour à l’école se fait donc surtout dans les classes moyennes, voire les classes moyennes supérieures. En conséquence, les équipes éducatives désormais mobilisées à assurer les cours en présentiel (et les nombreux lavages de mains), ne peuvent plus s’occuper des cours à distance, abandonnant donc la partie des élèves qui ont le plus besoin d’elles.

Les masques et la gratuité de l’école publique 

Quant aux masques promis, s’ils ont bien été fournis aux personnels, ils n’ont été donnés aux élèves que dans un premier temps. De plus, le protocole sanitaire initial qui les rendait obligatoires pour les collégiens et les lycéens a été modifié. S’ils doivent toujours être portés par les élèves lors des circulations dans les couloirs et dans la cours, ils ne le sont plus en classe. Pourquoi ? Parce que s’ils devenaient obligatoires, l’Etat serait dans l’obligation de les fournir aux élèves selon le principe de gratuité de l’école. La fourniture des masques revient donc aux familles, creusant ainsi davantage les inégalités face au coût des masques du commerce. En effet, l’Assemblée nationale a refusé d’examiner l’amendement de la France insoumise pour rendre les masques gratuits ou d’inscrire à son ordre du jour la proposition de loi qui a le même objectif.

Vous avez lu cet article jusqu’ici. Il vous a intéressé ?
Abonnez-vous gratuitement à la Newsletter ci-dessous :

Pour s’engager à la France insoumise dans l’Indre :

Vous pouvez également partager cet article sur les réseaux sociaux à l’aide des boutons ci-dessous :


  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire