« Je trouve le déconfinement du gouvernement flou » – Entretien avec Guillaume Chaussemy (élu tête de liste au Pont-Chrétien-Chabenet)

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Guillaume Chaussemy, 41 ans, conduisait la liste arrivée en tête aux élections municipales du Pont-Chrétien-Chabenet le 15 mars dernier. Après le retard dû au confinement, les nouveaux conseils municipaux tiendront leur première réunion d’ici la fin du mois du mai. Les élus issus de la liste sur laquelle Guillaume Chaussemy était en tête, « Agir ensemble pour Le Pont-Chrétien-Chabenet », y seront majoritaires. L’occasion pour la rédaction de Ouste de faire le point sur la période avec celui qui sera probablement bientôt maire de cette commune rurale du sud de l’Indre.

Ouste : Le 15 mars dernier, vous avez été élu à la tête d’une liste dans la commune de Pont-Chrétien-Chabenet . Après la période de confinement, le nouveau conseil municipal va se réunir d’ici la fin du mois et vous allez entrer dans vos nouvelles fonctions. Quelles sont vos priorités pour votre début de mandat ? 

Guillaume Chaussemy : Vu le contexte de la crise sanitaire liée à la Covid 19, il faut rassurer les habitants. Ils ont besoin d’informations sur ce que réalise leur municipalité pour que se passe au mieux le déconfinement, en particulier en ce qui concerne l’ouverture du groupe scolaire à partir du 2 Juin et la distribution des masques du conseil départemental. En même temps, nous devons assurer la continuité de la construction d’un groupe scolaire prévu pour une ouverture en septembre 2022 et établir le lancement des projets propres à notre programme pour la rentrée.

« L’entraide est bien présente »

Ouste : Le Pont-Chrétien-Chabenet est une commune rurale de 925 habitants. Comment ses habitants ont-ils vécu le confinement ? La solidarité était-elle au rendez-vous ?

Guillaume Chaussemy : Comme partout en France, le confinement fut une épreuve. L’isolement des personnes, en particulier les plus fragiles, sans la présence de leurs proches est très compliquée à gérer. Mais l’entraide est bien présente. Les gens se sont organisés pour faire les courses et les achats de première nécessité pour ceux qui en avaient besoin, encore aujourd’hui. Nous avons la chance d’avoir un dépôt de pain et une épicerie de proximité. Une association de la commune, « Être Pontcabanois », a réalisé des masques et les a distribués aux habitants qui le souhaitaient.

Ouste : En tant que futur probable maire, quel regard portez-vous sur la stratégie de déconfinement du gouvernement ? Les communes sont-elles suffisamment associées ou bien lui servent-elles à se décharger de sa responsabilité ? 

Guillaume Chaussemy : Personnellement, j’ai trouvé que c’était flou. Les 2 sujets importants de ce déconfinement pour les communes sont le retour des élèves au groupe scolaire ainsi que la distribution de masques.

Concernant l’école nous avons reçu le protocole sanitaire définitif le dimanche 3 mai pour une ouverture le lundi 11 mai. Ce protocole impliquait de nettoyer les surfaces avec un produit répondant à une norme bien spécifique que nous ne pouvions trouver dans le délai. Nous avons donc dû repousser la date d’ouverture au 2 Juin. D’ailleurs, nous n’avons toujours pas reçu les produits.

L’enjeu désormais est de se projeter vers septembre, le protocole sanitaire actuel ne permettant pas la reprise normale de l’école. Nous n’aurions plus que 38 places en classe et 16 au restaurant scolaire pour 120 élèves inscrits.

« L’Etat aurait dû assumer le déconfinement en fournissant gratuitement des masques à chaque français »

Concernant les masques, nous étions en plein dilemme. Pas de masques disponibles sur le marché et un gros doute sur la possibilité de distribuer via la mairie des masque lavables fabriqués par des bénévoles. En effet, le 1er ministre Edouard Philippe a clairement rappelé la responsabilité directe des maires s’ils faisaient ce choix. Pourtant les habitants comptent sur la mairie pour leur fournir des masques, en particulier ceux offerts par le conseil départemental, mais nous n’avons reçu que 20% de la dotation totale, ce qui créé des impatients et des mécontents.

A mon sens, l’Etat aurait dû assumer le déconfinement tout en fournissant, gratuitement, des masques à chaque français. 

D’ailleurs, l’Etat a proposé un remboursement de 50% des masques à usage unique avec deux incohérences. La première étant que les dates concernant ces remboursements n’épousent pas celle de la crise sanitaire et la seconde étant que le prix maximum sur lequel se base l’État pour le remboursement est de 84 centimes alors qu’il a légiféré sur un encadrement des prix jusqu’à 95 centimes.

Ouste : Avant d’être élu maire de votre commune, vous avez été un défenseur actif des services publics dans l’Indre, notamment engagé dans le collectif pour la défense de la gare d’Argenton. La crise que nous traversons souligne-t-elle l’importance des services publics de proximité ? Allez-vous prolonger cet engagement dans le cadre de votre mandat de maire ? 

Guillaume Chaussemy : La crise prouve l’importance des services publics tout court. On voit bien désormais que les premiers de cordée, c’est eux. Les services publics de santé sont mis à mal depuis très longtemps, malgré les alertes répétées. Un an que l’on voyait les banderoles des soignants devant les services d’urgence, mais les seules réponses n’ont été que des annonces de fermetures, comme au Blanc avec la maternité et peut-être aussi la chirurgie. Mais il n’y a pas qu’eux : les pompiers, les forces de l’ordre, l’éducation nationale, les services communaux et intercommunaux, etc. Ils étaient tous « au front » et ne faiblissent pas.

Concernant mon engagement pour le comité de défense de la gare d’Argenton-sur-Creuse, je compte bien en effet poursuivre la lutte aux côtés de Martine Irzenski et de tous les membres afin de défendre les arrêts et le personnel physique en gare d’Argenton-sur-Creuse.

Ouste : La pandémie a démontré que notre dépendance à la mondialisation nous rendait vulnérable dans de nombreux domaines (santé, alimentation, industrie). Le monde d’après, c’est le retour du local ? Quelle place pour la ruralité, les petites communes dans une perspective de relocalisation ? 

Guillaume Chaussemy : Je pense que dans ces domaines la France doit retrouver une capacité à être autonome. La dépendance dans le domaine de la santé (comme pour les masques, où l’on a vu des containers être détournés sur les tarmacs d’aéroport) nous rend vulnérables. Pourtant nous avons les forces vives disponibles en France pour les fabriquer.

Concernant le monde d’après, mes espérances vont à une prise de responsabilité, pour donner suite à la prise de conscience. La ruralité y a toute sa place, nous avons une des meilleures agricultures de la planète, nous avons des personnes qualifiées mais aussi de la place pour accueillir des centres de production. Il faut créer le rééquilibre des territoires et pour cela créer les conditions d’une possible arrivée des populations dans les territoires ruraux grâce à l’assurance d’une stricte égalité sur les missions essentielles de l’Etat : santé, éducation, eau, énergie, transport, communications, accès à la culture et aux services sociaux.

« La ruralité a toute sa place dans le monde d’après » 

Ouste : Beaucoup de médecins, d’épidémiologistes soulignent l’importance de la mobilisation active des gens pour lutter contre l’épidémie. Les stratégies uniquement verticales et descendantes sont généralement des échecs en santé publique. La commune est-elle le bon échelon pour organiser cette mobilisation populaire ? 

Guillaume Chaussemy : Je ne sais pas s’il y a un bon échelon pour mobiliser contre l’épidémie. L’Etat, le département et les communes me semblent des strates adéquates pour travailler dans le bon sens. L’Etat pour mener les grandes politiques publiques, créant des obligations générales minimales à leur bonne marche. Les départements et les communes connaissant bien leurs territoires pourraient ajouter des éléments en fonction de leur spécificité, mais pour cela il faut des moyens ! Aujourd’hui on en est loin, quand on sait par exemple qu’il n’y a plus de médecin scolaire dans notre département, qui peut nous assurer que les protocoles mis en place pour nos écoles suivent bien les directives ?

Ouste : Craignez-vous les effets de la récession à Pont-Chrétien-Chabenet ? Dans le département ? 

Guillaume Chaussemy : Forcément. Nous avons plusieurs entreprises qui pourraient être en difficulté sur le territoire de la commune, en premier lieu notre restaurant qui n’a pas ouvert depuis début Mars. Au niveau départemental, l’industrie aéronautique et l’industrie automobile risquent d’être très impactées, et ces perspectives pourraient mettre beaucoup de monde au chômage. Dans l’aéronautique, j’ai entendu parler d’un impact qui pourrait être plus conséquent que le 11 Septembre 2001.

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