Déconfinement hasardeux : enfants en péril psychologique

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Dès la fin de la première semaine du déconfinement, dans l’Indre, deux collèges du département, à Buzançais et La Châtre, ont dû refermer leur porte. En effet, parmi les personnels qui devaient accueillir les élèves dès la semaine prochaine, on a découvert des cas de suspicion de Covid 19. Une illustration locale du grand bazar du déconfinement dans l’éducation nationale.

La désorganisation dès le début

Lors de son allocution du 13 avril, Macron annonçait la reprise des classes le 11 mai, à la surprise générale. Dès le lendemain matin, Jean-Michel Blanquer, sur France 2, était contraint de nuancer les propos du chef de l’État. Il avançait alors une reprise « progressive », par niveau de classe, incompréhensible en termes de pédagogie et d’organisation dans les établissements scolaires. Le 28 avril, devant l’Assemblée nationale,  le Premier ministre rectifiait une nouvelle fois le « plan de reprise des classes ». Ce dernier calendrier faisait reprendre l’école aux seuls élèves de primaire dès le 11 mai. Le gouvernement avait pourtant été alerté de la complexité de l’opération déconfinement et de la nécessaire planification de ce dernier. Les députés insoumis ont notamment publié un plan de déconfinement, partant des réalités matérielles.

De ces annonces diverses et contradictoires du gouvernement, nous avons retenu  que les plus jeunes seraient envoyés à l’école en premier, pour remettre les parents au travail. Or, quelqu’un s’est-il demandé, dans cette cacophonie venue des plus hautes sphères de l’état, comment avaient été vécues ces trois annonces contradictoires, sur une période de 15 jours seulement par les premiers concernés, les élèves ? Parce qu’il est évident qu’on ne remet pas son gosse « comme ça » à l’école, du jour au lendemain, surtout dans un contexte tel que l’actuel, et 2 mois après avoir quitté l’école « jusqu’à nouvel ordre ». « Nouvel ordre » attendu par des milliers de familles à travers le territoire depuis le 12 mars.

Désengagement de la responsabilité

Par la suite, les familles, et donc les enfants, parce que l’État a laissé les seuls pouvoirs locaux gérer la possibilité de réouverture des établissements, ont reçu de multiples annonces de réouvertures ou non, de reprise repoussée, ou non, à mesure qu’arrivaient (ou non !) les fournitures en gel, masques, savon… À mesure également qu’arrivaient de nouveaux cas de Covid 19 (suspects ou avérés) parmi les agents d’un établissement, dans les familles, parfois parmi les enfants. L’État aurait dû assurer, vu les circonstances, le matériel nécessaire pour la sécurité des agents et des usagers dans chaque établissement de l’Éducation nationale, au lieu de se décharger sur le local, créant ainsi des disparités scandaleuses sur le territoire et ayant pour conséquence des changements de calendrier supplémentaires.

Fermetures en catastrophe, reprise repoussée

Cerise sur le gâteau, depuis la semaine dernière et les premières réunions entre agents pour préparer la reprise, nombreux sont les établissements scolaires qui se sont vus contraints de repousser la reprise ou, pire, de refermer en catastrophe après une seule journée d’école parce que de nouveaux cas apparaissent.

Conséquences psychologiques

Le pouvoir jure que garder les école fermées aurait eu des conséquences terribles sur les enfants. Mais s’est-on posé la question des effets sur de jeunes enfants d’une telle instabilité dans le monde des adultes ? Chez les plus jeunes, les conséquences de ces changements incessants de calendrier peuvent être catastrophiques. Les figures adultes, qui permettent à la construction des repères, doivent être fiables. L’enfant, pour être enclin au mimétisme, doit être en confiance. Quelle confiance accorder à des adultes visiblement incapables de préparer leur avenir, même à court terme ?  L’État ne serait-il pas en train de préparer nos « décrocheurs scolaires » de demain ?


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