Coronavirus : le libéralisme coupable (et victime) de la pandémie

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La crise sanitaire mondiale qui a débuté dès le mois de décembre en Chine touche désormais l’Europe, la France, et l’Indre dans des mesures variables. Après avoir défié les lois de propagation du virus pendant des semaines, réduisant celui-ci à une petite grippe qui ne tuerait que quelques personnes fragiles, le pouvoir s’est vu contraint, face à la pandémie mondiale, de prendre des mesures tardives mais sans précédent.

Les décisions incohérentes du gouvernement

Il ne faut cependant pas se méprendre sur les capacités des dirigeants à anticiper l’évolution de cette catastrophe sanitaire à l’heure de la mondialisation et de l’économie de marché. Il était prévisible que très vite, de par les flux aériens massifs qui polluent notre ciel, de par les importations et les exportations mondiales, la contamination du globe allait être totale. Pourquoi ne pas avoir pris des mesures draconiennes dix jours plus tôt, quand nos voisins Italiens nous suppliaient de ne pas faire leur erreur de tarder à rester confinés ? Pourquoi avoir voulu maintenir les élections municipales (confrontant de fait le scrutin à une abstention inouïe), à peine huit heures après avoir imposé la fermeture des lieux de divertissement ? Pourquoi avoir traîné pour faire fermer les établissements publics ? Pourquoi ne pas avoir fait fermer les entreprises privées dont l’activité n’est pas indispensable dans ce moment où l’effort de production doit être consacré seulement aux besoins vitaux ?

Il n’est pas seulement question des salariés de ces entreprises-là qui sont exposés « pour le bon plaisir des grands groupes » chaque jour à ce virus tueur, mais c’est également exposer davantage de personnels soignants, de caissiers des commerces de ravitaillement, d’agents de l’énergie, des transports, des personnes à la rue… bref, c’est toute la population qui est menacée par cette prise de risque inutile.

Le coronavirus, maladie du libéralisme

L’absurdité de notre système économique est mise en évidence dans cette crise. Les casses des services publics deviennent également très visibles par tous. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ce sont évertués à démolir les fonctions publiques et ses agents, dans un désintérêt quasi-général de la population. Mais de qui a-t-on besoin maintenant ? Les besoins vitaux doivent appartenir à l’État, et non à l’économie de marché, cela devient une évidence. Luxfer, seule usine productrice de bouteilles d’oxygène en Europe était basée, il y a encore quelques mois près de Clermont-Ferrand. Il y a quelques mois, car cette usine a été délocalisée. Si Luxfer avait été nationalisée, comme tous les services indispensables aux besoins vitaux de la population, nous ne serions pas bientôt confrontés au manque d’oxygène dans les hôpitaux. Pourquoi ne pas également nationaliser immédiatement toutes les entreprises pharmaceutiques qui prennent en otage notre santé pour nous vendre à prix d’or les résultats de leur recherche et leurs médicaments, condamnant depuis des années les populations à la mort, par avidité mercantile.

Les injonctions que subissent les salariés dans beaucoup de secteurs vont également à l’encontre des préconisations de l’OMS. Les organisations syndicales ne sont pas entendues sur les conditions de danger imminent dans lesquelles évolue la masse salariale contrainte à avoir des contacts (directs ou non) avec le reste de la population. On demande par exemple à des enseignants, « pour limiter les disparités entre les élèves », de déposer et de venir chercher des documents dans les commerces ouverts des versions papier des cours donnés par internet. On demande donc aux agents de multiplier les déplacements, et de multiplier les prises de risques pour eux, mais également pour leurs élèves et leur famille, à toucher des feuilles de papier manipulées minimum par trois personnes différentes. Ceci va à l’encontre du bon sens.

Du côté de la fonction publique hospitalière, l’état de délabrement dans lequel se trouve notre service public de santé est maintenant reconnu par tous. Particulièrement en zone rurale, ce sont des milliers de lits, des dizaines de services et de postes de soignants qui ont été fermés sur les dernières décennies et sous les différents gouvernements. Hier encore, les personnels de l’hospitalière étaient mobilisés pour demander des moyens et des postes, pour avertir la population et les pouvoirs publics de la catastrophe à laquelle nous allions être confrontés, avant même le contexte inédit dans lequel nous sommes aujourd’hui. Avec ce nouveau prisme, que penser du vote pour la fermeture de la maternité du Blanc ? Avec ce nouveau prisme, que penser de la casse de la sécurité sociale ? Avec ce nouveau prisme, que penser des logiques financières des grands lobbys pharmaceutiques ?

Vous l’aurez compris, cette crise n’est pas seulement une crise sanitaire, c’est une crise globale, où nous sommes tous en danger imminent, la crise d’un système basé sur le profit et la destruction des solidarités, des écosystèmes, du raisonnement et de l’intelligence collective.

Les droits sociaux menacés

Il faut s’attendre à des reculs inédits en termes de droit du travail, de démocratie et des libertés individuelles. Le Parlement, qui a repris, à effectif restreint, ses travaux depuis jeudi 19 mars, fait passer des mesures exceptionnelles, sans que presque aucun amendement de l’opposition ne soit pris en compte. Ces mesures, régies désormais par la loi sur l’état d’urgence sanitaire qui courra jusqu’à avril 2021, avec des délais de consultations du Parlement passant du simple au double (de douze jours normalement en temps d’état d’urgence à un mois désormais, faisant fi de la loi de 1955) menacent lourdement les acquis sociaux depuis le Front Populaire et l’après-guerre.

Ce sont des décennies de luttes pour réformer le code du travail et garantir aux travailleurs des conditions acceptables d’exercice qui vont être mis entre parenthèses, au mieux, anéantis irrémédiablement, comme nous sommes en droit de le craindre, au pire. Parce que sans vouloir faire des procès d’intention, nous avons tous des raisons de ne pas faire confiance à ce gouvernement qui nous a mis sciemment en danger depuis des semaines, des mois, ni en ce système qui nous met en danger depuis le XIXème siècle. Au sortir de cette crise, les travailleurs vont devoir reconquérir salaires, congés payés, temps de travail hebdomadaire.

Ce sont aussi des siècles de luttes pour avoir des droits démocratiques et des libertés individuelles qu’il va falloir arracher à nouveau après ces mesures « exceptionnelles », si elles restent exceptionnelles. Car, une fois de plus, nous avons toutes les raisons de le craindre de ce gouvernement qui, il y a quelques semaines, mettait fin au débat démocratique à coup de 49.3 sur le projet de réforme des retraites, qu’il ne nous redonne jamais ce qui aura été confisqué dans cette période de trouble planétaire.

Préparer le monde d’après le coronavirus

Nous voyons, ici et là, fleurir sur les réseaux sociaux une théorie complotiste qui visent à rendre coupables les pays de l’OCDE d’avoir provoqué cette crise sanitaire. Cette théorie est fausse. S’il est évident que notre économie libérale et mondialisée, destructrice des écosystèmes par la production de masse de biens industriels et agricoles, destructrice des systèmes de solidarités, destructrice des systèmes de services au public, est responsable de la propagation de ce virus à l’homme de manière massive et globale, penser la propagation volontairement commanditée par les puissants du monde est un non-sens.

C’est un non-sens d’abord parce que l’économie de marché n’a pas intérêt à décimer en grand nombre ses consommateurs. C’est également un non-sens car nous pouvons tous constater jour après jour la remise en cause du système ces dernières semaines. Que ce soit par des prises de conscience sur les réseaux, que ce soit par les invités choisis par les médias, nous sentons tous que le vent a tourné. Hier encore, les invités des plateaux des chaînes d’information en continu allaient tous unanimement dans le sens du pouvoir et à l’encontre de l’intérêt général. Aujourd’hui, et depuis une semaine, il n’est pas rare d’entendre des médecins, scientifiques, politiques remettre directement en cause les logiques capitalistes et libérales, qu’ils incriminent à chaque fois comme étant les responsables de cette situation qui s’empire d’heure en heure.

Il ne pouvait en être autrement. Le capitalisme ne pouvait être viable qu’en étant raisonné et contenu en temps normal, mais la pandémie mondiale a mis en exergue tous les moyens manquants, tous les dysfonctionnements de nos systèmes « civilisés ». Le président, très justement a dit « il y aura un avant et un après coronavirus », voyons comment un peuple conscient des dégâts produis par les marchés internationaux adhérera désormais à cette thèse.

Dans la situation actuelle, les décisions doivent être prise avec l’adhésion de tous. Si tel n’est pas le cas (comme cela s’est passé à l’Assemblée nationale ces derniers jours), il est malheureusement fort probable que la désobéissance devienne la règle, quitte même à ce que les personnes se mettent en péril ou mettent en péril nos concitoyens. Pour que le plan de lutte contre la propagation du virus soit efficace, il faudra arrêter les directives contradictoires, il faudra que la population ait confiance, il faudra que les décisions prises soient cohérentes et comprises. Si tel n’était pas le cas, il en sera de la responsabilité du gouvernement qui n’aura pas agi démocratiquement.


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