Congé pour deuil parental : lettre ouverte au député LREM de l’Indre, François Jolivet

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Lettre ouverte à M. François Jolivet, député LREM de l’Indre

Le mardi 4 février 2020,

Monsieur le député,

En regardant les résultats du vote du 30 janvier 2020, à l’Assemblée Nationale, nous avons constaté, avec une grande stupéfaction, que vous étiez présent et que vous avez voté le rejet de l’allongement du congé de deuil pour des parents confrontés au décès d’un enfant, proposition du député UDI, M. Guy Bricout.

A la suite d’annonces gouvernementales, dont celle de la réforme des retraites, notre pays tout entier s’est enflammé et nous sommes entrés dans une grande agitation sociale, en réaction à ces mesures et projets en cours impulsés par ce gouvernement que vous soutenez. Aussi avions-nous pensé, naïvement, que cette proposition de loi de M. Bricout ferait l’unanimité, et que ce vote serait une trêve bienvenue, un geste d’apaisement.

Or, ce fut tout le contraire. Nous avons entendu une ministre, Mme Pénicaud, ancienne DRH, s’inquiéter « Est-ce que c’est normal que ce soit la petite entreprise qui paie à 100%, ça ? », une députée LREM, Mme Mauborgne, affirmer que « S’acheter de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est un peu facile ». Puis, une autre députée LREM, Mme Bergé, dire que si les députés ont voté ainsi, c’est qu’ils sont « loyaux » ( loyaux veut-il dire qu’ils peuvent voter pour un texte tout en pensant qu’il ne faudrait pas le voter, et ce, uniquement par loyauté au président?).

Vos votes ont même ému le MEDEF, ce qui est peu commun.

Que de couacs et quelle cacophonie pour une mesure si humaine et si simple à mettre en œuvre ! Il a fallu que le président Macron s’exprime publiquement en demandant aux députés de sa majorité, un peu plus d’humanité. Et ce fut le début d’un grand rétropédalage. Ce qui en dit long sur les séparations du pouvoir en France, dans ce que nous devons encore appeler une démocratie, malmenée entre la force du pouvoir exécutif et la faiblesse du pouvoir législatif, aux ordres du premier.

Par ce vote, vous avez réveillé des blessures inguérissables, chez un nombre considérable de personnes endeuillées par la perte d’un enfant, drame vécu comme tel. Environ 4 500 enfants décèdent par an. 4 500 enfants, ce sont des parents meurtris, souvent à vie, une fratrie, des oncles et tantes, des grand-parents, des cousins, tous touchés par cette perte d’enfant. Passer de 5 jours, qui est le temps moyen de l’organisation d’obsèques, à 12 jours permet à des familles de commencer leur deuil avec un peu plus de sérénité. En Grande Bretagne, le congé accordé aux parents en deuil est de 15 jours.

Cela représenterait quel coût, franchement ? Nous avons fait quelques calculs, puisque vous aimez les chiffres. Environ 6 milliards de jours de travail réalisés en France par les actifs. Accorder 7 jours de congé en plus, c’est 63 000 jours par an, en comptant 2 parents dans un foyer. Cela représenterait environ un « surcoût » de 0,001%. Mme Pénicaud pense-t-elle que ces sommes infimes pénaliseraient ses chères entreprises ? Vous ne pouvez tout simplement pas invoquer un alibi économique et mesquin pour justifier votre vote. Les souffrances humaines ne se monnayent pas.

C’est indigne de la 6° puissance mondiale qui est notre pays.

Et comme tout fait signe et s’additionne, une grande partie des citoyens ne comprend pas et n’accepte pas ces passages en force, dans la précipitation, de projets de réforme qui vont impacter fortement l’avenir de notre pays et notre bien-être, sans possibilité de referendum comme dans le dossier de la privatisation d’ADP ou cette si mal ficelée réforme des retraites.

N’est-il pas venu le temps de donner du temps au temps, d’écouter et entendre ce peuple qui manifeste et vous crie « On n’en veut pas de cette société-là » ?

Non, nous ne voulons plus de ce modèle de société que vous voulez nous imposer. Nous refusons votre modèle comptable, calculateur, réducteur, qui formate, ampute, sacrifie services publics et biens communs, et malmène autant les citoyens. La France n’est pas une start-up nation et ne supporte plus vos techniques managériales pour la gérer comme une entreprise. À coups de tableaux excel et de coupes budgétaires.

Ce que nous voulons, c’est une société solidaire, juste, équitable, profondément humaine, partageuse. Une société de justice sociale, démocratique et écologique. Une société où la priorité et les moyens sont donnés à l’éducation, à la recherche, à la culture. Une société qui prend soin des plus fragiles et des plus précaires. Une société qui respecte les citoyens et les citoyennes et leur donne les mêmes moyens pour vivre décemment et harmonieusement, ensemble. Une société où des parents endeuillés ont du temps pour se ressaisir, accompagnés et aidés grâce à notre solidarité nationale.

Voilà ce que vous dit tout le peuple rassemblé dans la rue. Et si le peuple crie si fort, c’est qu’il n’est pas écouté. Il crie aussi fort qu’il n’est pas entendu. Il a tant à vous dire.

Ce texte est parti au Sénat. Puis, il reviendra à l’Assemblée Nationale et vous aurez l’occasion alors d’infléchir, nous l’espérons, votre vote futur. Ce premier vote du 30 janvier, s’il n’était pas corrigé, serait une tache dans votre parcours de député, une scorie durable et indélébile, et une grossière bavure pour la majorité présidentielle.

Pour qu’une démocratie fonctionne au mieux, les élus, auquel le peuple a donné un mandat de gouvernance, oeuvrent pour lui, mais pas contre lui. N’est-il pas venu ce temps, M. le député, élu national au service des citoyens, d’écouter les souffrances du peuple français et d’y répondre avec l’intelligence du cœur ?

Merci de nous avoir lus, Monsieur. Nous vous adressons nos salutations respectueuses.

Corinne Keller, ex-candidate LFI dans la 1ère circonscription de l’Indre,
avec le soutien des insoumises et des insoumis de l’Indre.


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