Lettre ouverte – Réponse au courrier de Gil Avérous sur l’armement policier en LBD et armes à feu

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Monsieur Avérous,

Je tiens tout d’abord à vous remercier pour la réponse au courrier que nous vous avons adressé à propos de l’armement de la police municipale de Châteauroux en LBD et armes à feu. Je regrette néanmoins que vous ayez fait le choix de ne répondre qu’aux Castelroussins et non à l’ensemble des Indriens qui vous avaient écrit. Les Indriens non castelroussins ne votant pas à Châteauroux, j’imagine que leur avis pèse peu pour vous. Je le déplore, mais cet électoralisme étriqué est « compréhensible » à quelques mois des élections municipales.

Ceci étant dit, je souhaite ici répondre sur le fond à votre courrier qui soulève de nombreux problèmes sans répondre à aucune des questions que nous vous avions posées.

Pour mettre en pièces l’idée d’une police municipale de proximité, vous citez d’abord l’article L511-1 du Code de la sécurité intérieure qui définit les missions des agents de la police municipale. Bien sûr, vous avez pris le soin de tronquer le début de cet article pour le faire correspondre à vos vues. Assez mal tronqué, d’ailleurs, puisqu’en remplaçant « agents de police municipale » par « police municipale », vous avez commis plusieurs erreurs de grammaire qui signalent le début manquant. Vous écrivez : « la police municipale exécutent (sic), dans la limite de leurs (sic) attributions et sous son autorité, les tâches relevant de la compétence du maire que celui-ci leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques ». Voici le début manquant de cet article : « Sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale, les agents de police municipale exécutent, etc. ».

Vous avez donc pris bien soin de nier qu’il subsiste une différence entre la police nationale et la police municipale. Mais quand bien même se rangerait-on à votre point de vue et l’admettrions-nous, tout est affaire de choix puisque c’est le maire (vous, donc) qui fixe les missions de la police. Or, s’il faut aujourd’hui, selon vous, équiper la police municipale comme la police nationale, c’est parce que vous estimez – et vous l’écrivez ainsi – que la police municipale doit pallier les manques générés par les baisses de postes dans la police nationale.

C’est bien là qu’est le cœur de l’enjeu et, il faut le dire, le cœur de notre opposition à vous sur ce point. Vous déplorez la diminution des effectifs de police nationale et indiquez vos « nombreuses demandes auprès des ministres de l’Intérieur successifs ». Vous omettez de dire que c’est Nicolas Sarkozy, que vous avez soutenu régulièrement et tout dernièrement lors de la primaire de la droite en 2016, qui a mis en place, lorsqu’il était président de la République, la politique de non remplacement du départ en retraite d’un fonctionnaire sur deux qui a mené peu à peu à la situation désastreuse que nous connaissons aujourd’hui. Cette situation, c’est la division par deux des effectifs de police nationale dans le département au cours des dix dernières années et la suppression de 13 000 postes de policiers au niveau national dans les seules 5 années du mandat de votre champion d’alors. Je ne peux m’empêcher, en vous lisant, de penser à cette si belle phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes ».

Et cette phrase s’applique à vous non seulement dans vos choix nationaux, mais aussi dans les choix que vous faites en matière de police municipale ! Car c’est bien parce partout en France, des maires comme vous font le choix déplorable de pallier peu à peu au manque de policiers nationaux par des policiers municipaux aux compétences élargies que l’État peut petit à petit se désengager de ses missions ! Et en armant nos policiers municipaux de LBD et d’armes à feu, vous allez encore aggraver le problème, car vous envoyez à Emmanuel Macron le signal que lorsqu’il supprime des policiers nationaux dans l’Indre, des policiers municipaux de Châteauroux, désormais armés, pourront prendre le relais. Vous créez donc vous-même le cercle vicieux qui conduit à la diminution progressive du nombre d’agents de police nationale dans le département.

Nous pensons, pour notre part, que l’État doit rester la structure unique à détenir le monopole de la violence physique légitime. C’est d’ailleurs, pour le sociologue Max Weber, la construction progressive de ce monopole au fil des siècles qui a mené à la constitution des États. Or, en créant des structures qui détiennent une capacité concurrente de l’État à user légitimement de la violence physique, vous créez les conditions qui conduisent à terme à une dislocation de l’État lui-même. Certes, vous participez en cela d’un mouvement que d’autres maires que vous accompagnent, et dont le plus emblématique est Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers. Mais cela n’empêche pas que cette décision soit mauvaise. Tenez-vous le pour dit : quand vous dites qu’il n’est pas dans votre tempérament de baisser les bras, vous êtes en réalité exactement en train de le faire en cédant du terrain précisément là où vous ne le devriez pas, c’est à dire en admettant que c’est à notre police municipale de remplacer celle de l’État.

Mais revenons aux sujets rigoureusement castelroussins, car je sais désormais que si vos courriers ont du mal à franchir les limites de la ville, il est vraisemblable que les sujets qui concernent la patrie aient du mal à retenir votre intérêt.

Votre courrier doit inquiéter les Castelroussines et les Castelroussins. Car vous indiquez pour unique motif de l’armement des policiers municipaux que celui-ci leur servira à « assurer leurs missions la nuit, face à un public plus souvent alcoolisé et en groupe ». Vous parlez clairement, même sans les nommer, des sorties de bars. Les jeunes gens qui apprécient de sortir le week-end et de boire quelques verres, et même parfois quelques verres de trop, n’ont donc qu’à bien se tenir, si l’on vous comprend bien. Mais vous commettez là l’erreur absolue : penser que, face à un public alcoolisé, c’est une augmentation de la tension qui mènera au calme. Vous créez vous-même les conditions d’un drame. Qu’arrivera-t-il quand, face à un groupe alcoolisé, les policiers municipaux sortiront leurs trois LBD ou leurs armes à feu en espérant que la menace suffira ? Qu’arrivera-t-il si ce public alcoolisé ne prend pas au sérieux la menace ? Qu’arrivera-t-il si la menace doit être mise à exécution ? La tranquillité des riverains vaut-elle l’oeil crevé d’un jeune qui fête l’obtention de son bac ou son anniversaire en buvant un peu trop ? Je ne le crois pas. J’ose espérer que vous non plus. C’est pourtant un risque que vous êtes prêt à prendre.

Nous pensons pour notre part qu’il est plus sage de viser une désescalade des tensions. Des médiateurs municipaux dédiés à la tranquillité à la sortie des bars seraient assurément plus efficaces dans ce cas précis que des menaces de tirs de LBD ou d’armes à feu. Car la menace contient en soi la possibilité de sa dramatique réalisation. Et nous ne nous y résolvons pas.

J’ajoute un point. Dans votre courrier, vous dites ne faire preuve d’aucun mépris. Vous nous qualifiez pourtant de « militants politiques en mal de notoriété à Châteauroux ». Diriez-vous, en vous relisant, que vous trouvez cette phrase respectueuse des avis qui divergent du vôtre ? On sait votre appétit pour les formules respectueuses de l’opposition comme votre fameux « Votre intervention est pitoyable et minable, vous êtes minable » que vous avez asséné en plein conseil municipal à un élu d’opposition. Respectueux, n’est-ce pas ? Soyez donc rassuré : ce n’est pas la notoriété qui anime les militants politiques qui vous combattent sur ce point mais bel et bien l’intérêt des Castelroussines et des Castelroussins. Il est vrai qu’en matière de notoriété, nous aurions bien du mal à rivaliser avec toutes les « poses de la première pierre » que vous avez réalisées au cours des derniers mois.

Vous dites enfin qu’un référendum local au sujet de l’armement de la police de notre ville n’a pas lieu d’être car les élections municipales arrivent dans quelques mois. On peut comprendre ce point de vue mais nous ne le partageons pas. Nous pensons que la démocratie n’est jamais vaine. Vous auriez pu vous honorer en considérant que les gens sont légitimes à donner leur avis sur ce point maintenant et non pas après l’achat et la mise à disposition des armes aux policiers municipaux. Peut-être craignez-vous qu’une décision populaire aurait stoppé net votre acharnement sur ce sujet.

Je termine ici par un mot personnel à l’adresse de toutes les lectrices et les lecteurs de cette lettre ouverte. Je m’exprime ici en mon nom et ce que je vais dire n’implique pas les autres membres du comité anti-LBD ou les citoyens qui ont reçu votre courrier. Mais puisque, selon vous, cette question doit être tranchée lors des élections municipales, j’invite les électeurs à participer à la construction par eux-mêmes d’un programme pour notre ville, y compris sur la question de la police municipale. Le site internet participatif Châteauroux citoyen est un outil qui le permet. Chacun peut y déposer une contribution dans la section « + de sûreté publique ». Il y a déjà sur cette plateforme des contributions contre l’armement de la police municipale en LBD. Je ne doute pas qu’il pourrait prochainement y en avoir d’autres.

Sachez néanmoins que d’ici-là, cela n’atténuera pas notre détermination collective à alerter les habitantes et habitants de notre ville sur les dangers que vous leur faites courir par le développement d’une doctrine de sécurité archaïque qui crée plus de dangers qu’elle n’en résout.

Je vous prie d’agréer, monsieur Avérous, l’expression de mes plus respectueuses salutations,

Antoine Léaument.

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