TRIBUNE – Canicule, climat déréglé : Châteauroux doit changer de modèle – Par Antoine Léaument

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Antoine Léaument est responsable de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon et de LFI. Il est animateur du comité d’appui de LFI à Châteauroux et rédacteur en chef de Ouste !. Il est l’un des initiateurs de la démarche Châteauroux Citoyen.

Il fait un peu plus frais qu’hier ce dimanche 30 juin à Châteauroux. Et pour cause ! La veille, le samedi 29 juin, a été battu le record historique de chaleur pour un mois de juin : 39°C. Jamais Météo France n’avait enregistré de telles températures dans notre ville à cette période de l’année.

L’épisode caniculaire traversé par la France est de fait exceptionnel : les records enregistrés en 1947 sont battus un peu partout, comme c’est le cas chez nous à Châteauroux. Ces évènements de chaleurs extrêmes sont de plus en plus fréquents, de plus en plus longs et de plus en plus intenses. Ils sont la manifestation d’une chose : le changement climatique est commencé. Il n’est pas l’affaire des générations futures mais de celles qui vivent en ce moment. Pour faire face, il est nécessaire de changer nos modes de vie, en particulier dans les villes, qui concentrent à la fois les pollutions et les populations. Châteauroux pourrait être à la pointe de ce nouveau modèle urbain, à condition de changer radicalement de direction.

Mettre fin à l’hégémonie de la voiture

Il y a un enjeu pour que nos villes restent des espaces vivables. Premières à provoquer le dérèglement climatique, elles sont également les premières à les subir. La chaleur y est plus insupportable qu’ailleurs. En période de canicule, on constate jusqu’à 8°C de différence entre la campagne et un centre urbain. En cause, en premier lieu : les moteurs thermiques des voitures et autres véhicules qui circulent en ville. Sur ce plan, Châteauroux a une longueur d’avance sur beaucoup de villes françaises : ses transports en commun sont gratuits depuis 18 ans. Mais la voiture reste trop présente dans nos rues. Et Gil Avérous accompagne et encourage largement l’hégémonie de la voiture individuelle.

Exemples récents : le nouvel aménagement de la place Gambetta ou le projet d’aménagement pour le nouveau parvis de gare. Dans les deux cas, le maire pense d’abord et avant tout aux places de parking. Mais les équipements pour les vélos sont quasi inexistants. Ainsi, l’association « Château’Roule », qui promeut l’usage du vélo en ville, demande que la place Gambetta soit équipée de nombreuses places de parking pour les vélos, et non pas de la dizaine qui a été installée. Au niveau du projet du parvis de la gare, Gil Avérous entend carrément détruire un espace vert pour installer un nouveau parking… Une aberration quand les solutions existent déjà à proximité.

Nous avons la chance de vivre dans une ville à taille humaine. Nous devrions en profiter pour développer les trajets à vélos en aménageant des pistes cyclables (y compris en contre-sens des rues à sens unique) et des parkings à vélos pour que nos rues ne soient plus le territoire réservé des voitures. Mais réduire la place de la voiture nécessite aussi de changer certaines organisations aberrantes de la ville. Il faut stopper le développement sans fin des zones commerciales périphériques qui prospèrent avec les embouteillages et au détriment du commerce de centre-ville.

Il faut des arbres partout !

Il y a aussi urgence à remettre la nature au cœur de notre ville. Des arbres, des espaces verts : ce n’est pas un caprice ou une coquetterie. C’est le moyen le plus simple pour rafraichir l’air qui devient irrespirable quand le thermomètre monte. Il ne s’agit pas d’un confort de luxe mais de santé publique : rappelons que la canicule de 2003 a fait 15 000 morts ! La bétonnisation à outrance conserve les fortes chaleurs pendant la journée et produit un effet de serre qui contribue à aggraver les canicules.

Au contraire, la végétation produit de la fraîcheur quand il fait très chaud. Sa présence en milieu urbain peut faire descendre la température de plusieurs degrés. La sensation de fraicheur apportée par l’ombre des arbres et par le phénomène d’évapotranspiration (évaporation de l’eau du sol conjointement à la transpiration des plantes) pousse les gens à éteindre les climatiseurs et donc non seulement à faire des économies d’énergie mais aussi à limiter la température, puisque ces machines recrachent à l’extérieur de l’air chaud pour refroidir les intérieurs. La ré-installation de la nature en ville enclenche donc un cercle vertueux qui allie baisse de la température, diminution de la consommation d’énergie, mais aussi développement de la biodiversité.

Il faut en finir avec une conception de l’urbanisme qui mise avant tout sur le béton, le bitume et le goudron. A cet égard, un endroit comme la place de la République, où on a préféré un parking souterrain à planter des arbres est totalement anachronique. Misons sur la participation citoyenne pour verdir notre ville. Jardins partagés ou collectifs, semis participatifs : la meilleure façon d’y faire revenir la nature est de rendre sa fabrication à ses habitants.

Écologie et justice sociale : pour une écologie populaire

On présente souvent l’écologie comme une préoccupation de bobos. Cette affirmation est le fait de gens bien installés dans le système et qui n’ont pas intérêt à ce qu’on en sorte. Car les premières victimes des dégâts du productivisme, du dérèglement climatique ou de l’extinction de la biodiversité sont les plus pauvres. En 2003, la canicule avait entrainé une mortalité trois fois supérieure chez les ouvriers que chez les cadres. Les quartiers où ils habitent sont souvent plus exposés à la pollution et on y dépense moins d’argent pour y apporter de la fraîcheur en cas de fortes chaleurs.

C’est flagrant dans notre ville où la piscine Firmin Batisse, du quartier populaire de Saint-Jean, ferme pendant l’été par souci d’économies tandis que des dizaines de millions d’euros sont lâchés dans le complexe nautique Balsanéo. La ville de Châteauroux ne pourrait donc pas se payer une piscine municipale dans un de ses plus important quartiers d’habitation ? Puisque ces épisodes caniculaires sont amenés à se répéter, ne faudrait-il pas au contraire rendre gratuit l’accès aux piscines municipales dans ces moments ? Les logements dans les quartiers populaires sont aussi généralement plus mal isolés, ce qui rend plus difficile d’y maintenir une température correcte. Là aussi, on aurait besoin d’une commune volontariste pour aider à faire les travaux nécessaires. La solidarité et le service public sont les piliers centraux d’une ville qui fait face au changement climatique.

Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité

Nous sommes aujourd’hui face au plus grand défi de l’histoire de l’Humanité. Le relever impliquera de bousculer bien des intérêts privés et de changer de fond en comble des manières de produire et de consommer inventées pour favoriser l’accumulation sans fin au profit d’une petite minorité. Ces tâches immenses ne peuvent être accomplies qu’avec la force du peuple en mouvement. C’est cela que vise la démarche Châteauroux citoyen, avec comme levier les élections municipales de 2020.

Certes, Châteauroux n’est pas la France, encore moins le monde. Mais il faudra bien que certains rompent avec le système climaticide pour démontrer la possibilité d’un chemin d’harmonie avec notre environnement. Si Châteauroux, dans le futur, est de ceux-là, ce n’est pas la taille de notre ville qui comptera aux yeux de l’extérieur mais l’audace des actes que nous poserons devant notre humanité commune. Il suffit de le vouloir pour le faire advenir.

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3 réflexions au sujet de “TRIBUNE – Canicule, climat déréglé : Châteauroux doit changer de modèle – Par Antoine Léaument”

  1. De fait, plus personne ne conteste le changement climatique. Au pire, certains nient qu’il à comme origine l’activité humaine.
    La seule question qui compte désormais, c’est comment on y fait face ? En sacrifiant les plus fragile (ce qui est notre trajectoire actuelle ) ou en sauvant tout le monde, ce qui suppose une gestion éco socialiste …
    Ce sera, à mon sens, la ligne directrice, qui remplacera l’opposition droite gôôôche et le duo Lepen Macron.
    C’est aussi ce qui nous opposera à un Jadot dont la vision écologique est compatible avec l’ultralibéralisme actuel.

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