CHÂTEAUROUX – Démolitions à Saint-Jean : dehors les pauvres ?

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C’est une délibération du conseil municipal de Châteauroux du 12 février dernier qui est passée relativement inaperçue. Et pourtant. Le maire Gil Avérous a proposé la démolition de près de 600 HLM du quartier Saint-Jean. Soit le dixième des 6000 logements sociaux que compte la ville de Châteauroux. Cette opération de grande dimension se fait dans le cadre du « nouveau programme de renouvellement urbain » : l’État subventionne une partie des travaux à réaliser dans les quartiers les plus pauvres du territoire. Bien sûr, on ne peut qu’approuver que de l’argent public soit investi pour améliorer la qualité de ces résidences, le plus souvent abandonnées. C’est d’ailleurs le sens du vote du conseiller municipal insoumis Aymeric Compain. Même si cet intérêt très ponctuel ne compense pas le recul généralisé des services publics, que les habitants des quartiers populaires des villes de grande ou moyenne taille expérimentent avec la même force que les territoires ruraux.

Mixité sociale ou dégager les pauvres ?

Mais l’élu du mouvement de Jean-Luc Mélenchon a néanmoins voulu lever un lièvre lors de la séance. « Il faut faire venir les gens de ces quartiers au centre- ville » a affirmé Aymeric Compain, précisant ensuite sa pensée et plaidant pour « qu’on ne gentrifie pas ce quartier pour faire partir ces populations de la ville ».

On peut dire qu’il a vu juste. En effet, depuis ce conseil municipal, Gil Avérous a commencé à détailler le projet. Et si le plan du maire prévoit de démolir beaucoup de logements HLM, il ne prévoit pas d’en reconstruire dans les mêmes proportions. 586 logements vont disparaître mais seulement 300 seront reconstruit. Moitié moins. Cent sont prévus pour être reconstruits à Saint-Jean, cent autres seront implantés dans le centre-ville et les cent derniers… en dehors de Châteauroux ! Soit, en tout 70% des logements détruits qui disparaitront de la commune. Il semble que, pour Gil Avérous, ce programme ne soit pas tant une opportunité pour casser la logique des ghettos urbains et favoriser la mixité sociale mais plutôt une occasion de faire dégager les pauvres de la ville.

L’argument avancé pour justifier cette politique anti-sociale est une prétendue absence de besoins de logements publics à Châteauroux. Mais quels faits viennent à l’appui de cette affirmation ? Selon le document signé entre la ville et l’agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en 2016, le taux de vacance global des logements sur le quartier Saint-Jean / Saint-Jacques n’était que de 11%. C’est inférieur au taux de vacance que l’on constate sur l’ensemble de la ville de Châteauroux, qui est lui de 14,6%, d’après l’Insee. Les castelroussins seraient-ils alors si riches qu’une offre de HLM n’y aurait aucun sens ? Le taux de pauvreté atteint pourtant 20%, soit bien au-dessus de la moyenne nationale (14%). Disposer d’une offre locative de bonne qualité et à très bon marché est souvent un atout pour une ville pour attirer de jeunes familles, qui peuvent d’ailleurs devenir propriétaires quelques années après. Bien sûr, les barres d’immeubles souffrent souvent d’une mauvaise réputation. C’est pourquoi la France insoumise a toujours défendu la rénovation de ces quartiers, l’amélioration de la qualité écologique des bâtiments ou le retour des services publics.

Avérous et Macron : même liquidation des HLM

Globalement, on peut dire qu’en la matière, Avérous suit localement les mêmes orientations que Macron au niveau national. Il s’agit ni plus ni moins de la liquidation du logement public. Depuis le début de son quinquennat, le président de la République a coupé 1,5 milliards d’euros aux organismes HLM. Une situation qui risque de provoquer à court terme des faillites d’offices municipaux. Parallèlement, il insiste à la privatisation de ces logements. Une politique irresponsable quand, au même moment, 2 millions de familles attendent, en vain, qu’on leur attribue une HLM. À l’Assemblée nationale, les insoumis ont vivement combattu ce projet, proposant des investissements publics massifs dans les logements sociaux, notamment pour y améliorer la qualité de vie. Dans son programme présidentiel, Jean-Luc Mélenchon proposait notamment un grand plan de 20 milliards d’euros pour rénover 700 000 logements par an et faire de l’isolation thermique des logements un point central de sa planification écologique.

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